
Etats d'esprits : cybernétique et techniques de gouvernement
Vers où se tourner pour comprendre la numérisation accélérée de nos existences et ses conséquences politiques ? En faisant un pas de côté par rapport à la critique des « GAFAM », cet ouvrage aborde la question à partir d'une enquête philosophique sur la cybernétique, cette théorie du contrôle et de la communication qui a accompagné la naissance des notions d'information, de feedback et des premiers ordinateurs. Avec la volonté de tourner la page de la guerre, les cybernéticiens ont construit le mythe d'une paix assurée par des réseaux de communication horizontaux, sous l'oeil bienveillant des États-Unis d'Amérique. Derrière cette « utopie de la communication » se cachent pourtant de nombreux problèmes, notamment la difficulté à modéliser des phénomènes complexes comme le cerveau, la vie ou l'économie d'un pays. Partant de ces impasses plutôt que du mythe techno-solutionniste, le livre explore deux manières dont la cybernétique a pu servir de technologie de gouvernement.
D'une part, États d'esprits examine des tentatives pour penser le gouvernement à l'échelle de pays entiers à l'aide des outils cybernétiques, dans des contextes aussi bien socialistes - notamment le projet Cybersyn dans le Chili d'Allende - que néolibéraux, lorsque Friedrich Hayek mobilise la cybernétique pour penser l'auto-organisation du marché. La cybernétique permet alors d'articuler liberté individuelle et planification, selon ce que Stafford Beer appelle un « design de la liberté ».
D'autre part, l'ouvrage analyse une maîtrise « par le bas », inscrivant les technologies de l'information au plus près des corps et de l'expérience vécue, rapatriant Heidegger au coeur de la Silicon Valley. Ivan Bouchardeau suit les traces d'ingénieurs qui, dans les années 1980, ont posé les bases d'une informatique et d'une IA heideggériennes méconnues, dont l'héritage se retrouve pourtant dans les fondements de Google et la prolifération actuelle des dispositifs numériques. À travers cette « informatique ubiquitaire », se dessine alors le projet d'une « technologie douce » (Weiser) et d'un « design ontologique » (Winograd et Flores), visant à réduire la distance entre formes de vie, numérisation et gouvernement.
(sous réserve de confirmation)
Largeur : 16.0 cm
Epaisseur : 3.2 cm

